Le quotidien d'Emilie, 21 ans, atteinte de
mucoviscidose!
Emilie est une belle jeune femme de 21 ans. Soignée jusqu'à l'âge de 5 ans pour des
bronchites, c'est à la demande de sa mère qu'elle a été testée pour la mucoviscidose, et
diagnostiquée. Emilie se souvient de ce moment là : "J'étais soulagée qu'il y ait un mot à
mettre sur ma maladie mais je n'en connaissais pas l'ampleur."
C'est à partir de 10 ans que la maladie a commencé à s'aggraver sérieusement. Les
hospitalisations à répétitions commencent, chaque fois pour des cures contre le
Pyocyanique7, un germe résistant.
La maladie prend de plus en plus de place et de temps. En 2004, à l'âge de 18 ans, la santé
d'Emilie se dégrade de façon accélérée. Pendant 2 ans, un jour elle va bien, le lendemain
elle a 40° de fièvre.
"Depuis 3 ans, ma santé s'est très vite dégradée"
C'est en 2006 que les séjours à l'hôpital et les cures d'antibiothérapie deviennent très
rapprochés. En février, ses médecins abordent avec elle la possibilité d'une greffe. Malgré la
fatigue, Emilie poursuit ses études, et obtient son DUT de commerce en Juin. C'est à ce
moment qu'elle décide d'arrêter les cours pour un an, pour se consacrer au processus de
préparation à la greffe. Usée par la lourdeur de la maladie, Emilie essaie de convaincre
ses médecins de la mettre sur liste d'attente de greffe. Commence alors une série
d'examens qui nécessiteront 3 séjours d'une semaine à l'hôpital.
En novembre, Emilie fait un "épisode réa" : incapable de respirer, elle passe 10 jours en
réanimation, puis 15 jours hospitalisée. Cet épisode convainc ses médecins de la placer sur
liste d'attente de greffe. Ils lui font un bilan pré-greffe, qui identifie la cause de l'aggravation
de sa mucoviscidose : un germe "caché", autre que le Pyocyanique, est à l'origine de son
"épisode réa". Les médecins choisissent d'éviter la greffe, et se prononcent pour un
traitement très lourd : cortisone et oxygène 24h/24h.
Après quelques semaines, Emilie a pu arrêter l'assistance respiratoire. Mais elle reste
aujourd'hui sous cortisone et antibiothérapie 24h/24 : elle a un cathéter greffé sous la peau,
au niveau du sein gauche près du coeur : c'est un petit boîtier en caoutchouc branché
directement sur une grosse veine jusqu'au coeur. Avoir un cathéter change tout : la douleur
persiste mais elle est moindre que quand on est piqué dans le bras. Ce qui est aussi
important pour Emilie, c'est que cela ne se voit pas.
"A la maison c'est un vrai moulin, je ne suis jamais seule. Plus tous les soins que je
fais moi-même"
Aujourd'hui Emilie est sous traitement en permanence, et les soignants défilent chez elle
tous les jours.
La routine des soins occupe une grosse partie de ses journées :
- 9h30 : petit-déjeuner, 17 médicaments à avaler.
- 10h : arrivée du kinésithérapeute, pour une séance de 30 minutes. 3 kinés se relaient
auprès d'Emilie. Les liens qu'elle a avec eux sont forts : "on n'en est plus au stade
médical".
- 11h : arrivée de l'infirmière qui installe une perfusion d'antibiotiques pour 45 minutes,
puis une deuxième à garder jusqu'au lendemain. Emilie place le liquide à perfuser
autour de sa taille dans une banane, et la poche se vide tout au long de la journée.
Ce système portatif lui permet d'être mobile et de profiter de son après-midi : elle
peut tout faire avec (sauf du sport), mais elle doit faire attention à ne pas être
bousculée et ne pas tomber.
- Midi : déjeuner, 2 médicaments.
- Après-midi : un aérosol (broncho-dilatateur), séance de 10 minutes.
- Dîner : 12 médicaments.
- Soirée : toilette bronchique (30 minutes), et à nouveau un aérosol si besoin.
Le paradoxe, c'est que depuis quelques semaines l'état d'Emilie s'est stabilisé. Pourtant, cela
ne pourra pas durer : elle ne pourra pas être sous cortisone indéfiniment, et en arrêtant, le
microbe qui a aggravé son état respiratoire risque de revenir. Par ailleurs, Emilie ne peut pas
se passer de sa cure antibiotique, alors qu'en général les patients adultes font une cure tous
les 3 mois. Elle craint de devenir résistante à cet antibiotique.
Avec ou sans greffe, il faut continuer d'avancer
Même si l'année 2006 a été éprouvante, Emilie a décidé d'avancer, "et si la greffe doit
arriver, elle arrivera". Elle attend une réponse de l'université d'Angoulême, où elle a postulé
pour entrer en licence de “communication et management de l'évènementiel”.
En attendant, fidèle à son tempérament très actif, Emilie organise des événements pour
collecter des fonds pour l'association, encadre des scolaires à l'escalade, et travaille le
dimanche matin chez un fleuriste au marché. Et de temps en temps elle fait de courtes
missions d'intérim.
Elle a décidé de faire ce qu'elle a envie sans penser à la maladie. Parfois c'est un souci
parce que, comme sa mucoviscidose ne se voit pas du tout, les autres oublient qu'elle
est malade, et Emilie souffre en silence en faisant des choses qu'elles ne devrait pas faire,
comme marcher vite ou longtemps, ne pas utiliser les places réservées aux handicapés...
Cela lui évite de devoir se justifier. Même si aujourd'hui, elle sait qu'elle doit faire plus
attention et se ménager.
"Ce qui me tient vraiment à coeur aujourd'hui c'est de réussir mon avenir professionnel. Je
ne me focalise pas sur ma santé car ça m'empêche de respirer. Je ne sais pas d'où vient
cette énergie sinon que j'ai ça en moi. Les mucos vivent dans un monde d'adultes. J'ai
grandi plus vite que les autres enfants. Ma maladie a certainement forgé mon caractère. Je
ne baisse pas les bras. On n'a déjà pas une vie simple, si en plus on se met des barrières !
Mais j'ai ma sonnette d'alarme et je sais que je ne dois pas en faire trop."